LE VÉRITABLE SECRET DE LA JEUNESSE ÉTERNELLE :

GUIDE PRATIQUE DE RECONNAISSANCE DES DIFFÉRENTS SPÉCIMENS DE FAFS

Quand le vieil incontinent passe ses journées devant CNEWS, c’est toute l’Europe qui bascule dans le gérontisme autoritaire. Et pour cause ! Le vieux continent refuse l’idée nouvelle.  Parfois, une jeunesse paumée s’en inspire, et le syndrome semble devenir viral. Pas de panique cependant, il existe un symptôme facilement identifiable. Si, autour de la table du repas de Noël, ou sous l’abribus de la place du marché – peu importe le lieu d’ailleurs – vous distinguez, du bout des lèvres d’un homme blanc, les mots suivants : « Je ne suis pas raciste mais … », pouvant se décliner sous la forme : « De nos jours, on ne peut plus rien dire … », alors félicitations ! Vous venez de dénicher un des nombreux spécimens de fachos, qui peuplent de plus en plus notre paysage occidental.

Face à cette épidémie, pas de gestes barrières ! Nous lutterons full-contact ! Grâce à ce petit guide pratique de reconnaissance, nous verrons qu’il est important de s’adapter quant aux techniques utilisées. Là où, pour un faf de gouvernement, une simple agression verbale suffit à déstabiliser, le faf en uniforme nécessite souvent quelques jets de pierres ou de bouteilles enflammées. Dans ce cas précis, il faut se faire discret. Les deux bénéficient du cadre légal pour effectuer leurs méfaits.

Le faf en puissance, c’est le magnat de la presse, le patron des patrons qui manipule les opinions. Il grappille une chaîne par-ci, une radio par-là, sans lésiner sur le licenciement. Il déambule sur la corde fine, liasses en guise de parachute, et fait renaître le grand guignol, outil performatif à l’abrutissement des foules. N’oublions pas que la star télévisuelle actuelle en France, a débuté sa carrière en embrassant le cul d’un clébard. Autant dire qu’elle maintient son cap, étant donné les nombreuses léchouilles offertes aux troufions fascistes en plein direct. Ici, les sanctions classiques sont inefficaces. Autant débarquer en groupe et faire sauter tous les plombs.

​En découle donc le faf influenceur, lui-même influencé. De sa parole évangélique, il inonde les réseaux, tout en s’autorisant quelques débordements théoriquement instables. Souvent, il verse dans le complotisme décomplexé. Après tout, la dérive sectaire est à la mode. Elle n’est qu’un remaniement spirituel des systèmes de domination quantique. Gourou New Age autoproclamé, son image est devenue sacrée. Derrière sa propagande lifestyle-healthy aux arrière-goûts suprémacistes, se cache en vérité le vide de sa futile existence. L’encorder face à ses propres contradictions, provoque instantanément son autodestruction.

Du même acabit, on trouve le faf planqué. Généralement incel, il étale son propos en 280 caractères – anciennement 140 – tout en dégobillant généreusement sa haine sous les articles trop progressistes pour lui. Celui-là ne se montre jamais publiquement. Il n’a pas d’entourage proche, malgré sa grande prestance, et ne comprend pas pourquoi tout le monde le fuit. Certainement à cause de l’odeur pestilentielle qu’il dégage, du fait qu’il n’a jamais appris à ouvrir une fenêtre – excepté virtuellement, peut-être. Sa grande faille, c’est justement qu’il ne peut s’empêcher d’inonder la toile de ses multiples commentaires. Ainsi, il se manipule aisément pour tromper les algorithmes, et mettre en lumière, vos accablantes idées révolutionnaires.

En fin de chaîne alimentaire, il y a le faf normie, exclusivement nourri d’arguments prémâchés, travestissant les pires horreurs en de simples banalités. Pour lui les extrêmes ne sont jamais viables, alors il véhicule le statu quo de manière dépolitisée, et balance de temps à autre – souvent sans prévenir – une petite dinguerie fascisante comme touche de trivialité. Produit d’une dédiabolisation rondement menée, il devient l’hydre impossible à décapiter.

​Le faf radical, ou extrême faf, reste le plus dangereux d’entre tous – je parle ici d’intégrité physique. Souvent tout de bleu vêtu, il a fait de ses idées un métier reconnu et respecté. En quelques jours de formation seulement, l’État lui fait cadeau d’une arme, dont il pourra se servir en toute impunité. Mais ce faf-là s’organise aussi de manière plus sournoise et camouflée. Dans la nuit, il se promène en bande, à l’abri des réverbères, ciblant les minorités isolées.

​N’oublions pas que derrière sa grande gueule et son extrême violence, le faf cache en vérité sa peur de l’inconnu. En fait, le faf est terrorisé, et tente simplement de garder la face. Ainsi, quand à l’issue d’une joute, il est décontenancé, on peut distinguer sous ses yeux, la formation d’une goutte brillante de liquide lacrymal, précieux sérum contre le vieillissement des idées : la larme de faf.

À consommer sans modération – surtout fraîchement récoltée – la larme de faf se décline au travers d’un large panel de bienfaits. Quand les plus simples essences procurent une certaine euphorie, les perles de haut niveau concentrent une extase décuplée, et déclenchent une ardente frénésie dans la lutte. Croyez-moi sur parole, jamais vous n’aurez atteint un tel sentiment de liberté ! À cet instant, tout devient clair ! Votre conscience s’épanouit, jouissant de sa nouvelle jeunesse. Elle fait sauter tous les gonds, dans un fidèle esprit de camaraderie !

Vous me direz que l’opération est dangereuse, qu’il faut s’attendre à prendre des coups – parfois fatals. C’est vrai. Traquer le faf n’est pas de tout repos, et relève d’une certaine discipline intellectuelle et physique. Mais le véritable risque, n’est-il pas celui d’abandonner la lutte ?

Allergène – 2024